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5.3 La phrase

5.3.1 Citations

En français, les citations sont généralement encadrées de guillemets (voir 7.2.1 Guillemets ou italique?, et suiv.). L’emploi des guillemets est encore plus souhaitable lorsque le texte comporte déjà d’autres éléments en italique, ou lorsqu’il contient de nombreuses citations ou des citations en langue étrangère, car l’italique pourrait devenir fatigant à lire.

La meilleure méthode consiste à employer les guillemets pour les citations, et à réserver l’italique pour les autres emplois, comme les langues étrangères, les titres d’ouvrages, les noms de véhicules, les mises en relief, les mots employés dans un sens spécial, etc.

Lorsqu’un texte ne comporte que quelques citations, on peut néanmoins opter pour l’italique. Il est important de procéder de façon uniforme tout au long du texte :

  • On ne sait pas pourquoi la femme de Loth se retourna malgré les paroles des deux anges. Le texte de la Genèse dit seulement qu’elle regarda en arrière, et elle devint une colonne de sel.
  • Et Lévis termine : Je prie M. le marquis de Vaudreuil de mettre sa réponse par écrit au bas du présent mémoire (R. Prévost).
  • Le pays où le commerce est le plus libre, écrit Voltaire, sera toujours le plus riche et le plus florissant.
  • Dans Les caractères, la Bruyère s’est souvent ingénié à renouveler de vieilles vérités :

Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n’y en a qu’une qui soit la bonne. On ne la rencontre pas toujours en parlant ou en écrivant : il est vrai néanmoins qu’elle existe, que tout ce qui ne l’est point est faible, et ne satisfait point un homme d’esprit qui veut se faire entendre.

Lorsque le texte qu’on veut citer comporte lui-même des mots en italique (titres d’ouvrages, etc.), le procédé classique consiste à faire ressortir ces mots en revenant au caractère ordinaire :

  • En cas de conflit entre le contenu de la présente brochure et les dispositions de la Loi sur les langues officielles, c’est la Loi qui prévaut.

Logiquement, on devrait procéder de la même façon quand il y a une citation à l’intérieur d’un texte qu’on cite en italique; mais il est préférable de simplement guillemeter cette citation interne [voir aussi 7.2.6b) Citation double] :

  • Je vous cite, pour mémoire, le procès-verbal de la dernière réunion : L’Assemblée juge nécessaire de proposer la modification suivante à l’article 8 du règlement : « Le conseil se compose au maximum de neuf membres. »
Remarque

Lorsque l’italique apparaît à l’intérieur d’une citation entre guillemets, il est parfois utile d’indiquer par une note à qui il est dû :

  • « Mais, à tout cela, M. Bovary, peu soucieux des lettres*, disait que ce n’était pas la peine*! »
    * Italique de Flaubert.
  • « La langue générale, écrit René Georgin, est plus ou moins influencée par celle des auteurs contemporains qui, en contrepartie, subissent parfois la contagion de l’usage commun, même quand celui-ci est fautif » (c’est moi qui souligne).

5.3.2 Devises et maximes

Les devises, quelle que soit la langue dans laquelle elles sont formulées, se composent souvent en italique :

  • Je me souviens
  • A mari usque ad mare
  • Qui s’y frotte s’y pique

Il en va de même des dictons, des maximes, des proverbes :

  • Hâtez-vous lentement, maxime de Boileau
  • la maxime italienne : Traduttore, traditore
  • Comme le dit le proverbe, plaie d’argent n’est pas mortelle.

Comme ils sont assimilables à des citations, les dictons, maximes, devises et proverbes sont parfois laissés en romain et guillemetés (voir 7.2.12 Guillemets ou italique?).

5.3.3 Latin

Les locutions latines, abrégées ou non, et en particulier celles utilisées dans les travaux de recherche et d’édition, s’écrivent généralement en italique :

  • ad libitum
  • ad lib.
  • de facto
  • de jure
  • ibidem
  • ibid.
  • idem
  • id.
  • in extenso
  • in fine
  • infra
  • loco citato
  • loc. cit.
  • opere citato
  • op. cit.
  • supra

Il convient d’observer que lorsque, dans une référence bibliographique, le mot idem (ou id.) remplace le nom d’un auteur déjà cité dans une note précédente, il peut être composé dans le même caractère que le nom qu’il remplace. Le mot ibidem (ou ibid.), qui remplace le titre d’un ouvrage déjà cité, reste toujours en italique (voir aussi 12.2.3 Abréviation des références) :

  • J. Éthier-Blais, Autour de Borduas, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1979, p. 77.
    Id., ibid., p. 140.
  • Id., Dictionnaire de moi-même, Montréal, Leméac, 1987, p. 109.

Les expressions et les mots latins qui sont francisés ou vraiment entrés dans l’usage français se composent en romain :

  • alter ego
  • a priori
  • curriculum vitae
  • de visu
  • erratum (errata)
  • etc.
  • ex-libris
  • grosso modo
  • in vitro
  • modus vivendi
  • nec plus ultra
  • persona non grata
  • post-scriptum
  • sine qua non
  • statu quo
  • vice-versa

Noter qu’a priori s’écrit sans accent sur le a. Il n’est pas toujours facile de savoir si un mot latin doit être mis en italique, d’autant moins que les dictionnaires français impriment en général tous les mots latins en caractères ordinaires. Il faut suivre l’évolution de l’usage. Il est préférable, en cas d’hésitation, de choisir l’italique pour les mots latins.

Bien qu’assimilés depuis longtemps par le français, les mots sic, bis, ter, quater, etc., se composent toujours en italique :

  • 14 bis de la rue des Remparts
  • l’article 5 ter du règlement
  • Ce n’était, ont déclaré les dirigeants, qu’une simple technicalité [sic].

Les noms attribués au genre et à l’espèce en botanique et en zoologie, ainsi que les désignations latines de syndromes et de maladies, accompagnés ou non de l’article défini, s’écrivent en italique :

  • L’angine de poitrine (Angina pectoris) est plus fréquente chez l’homme que chez la femme.
  • La fétuque des prés (Festuca pratensis) joue un rôle important dans la production fourragère.
  • Thunnus thynnus (Thon rouge) appartient à la famille des scombridés.
  • Le Balaenoptera borealis (Rorqual boréal) se distingue du B. physalus par sa silhouette plus trapue.

Les citations latines se composent en italique :

  • C’est Tacite qui a dit : « Omne ignotum promagnifico » (« Tout nouveau, tout beau »).

5.3.4 Langues étrangères

Les mots empruntés aux langues étrangères et non adoptés par l’usage se mettent en général en italique :

  • Le centre de ces vastes domaines sucriers est la casa grande.
  • Les junior colleges complètent la formation générale.

Les mots étrangers qui sont entrés dans l’usage français n’ont toutefois plus besoin de l’italique :

  • l’apartheid
  • la common law
  • la dolce vita
  • un kibboutz
  • un méchoui
  • la perestroïka

Comme dans le cas du latin, il n’est pas toujours facile de savoir si un mot étranger est accrédité par l’usage. Le fait qu’un mot soit l’objet d’une entrée dans un dictionnaire courant nous fournit déjà un bon indice. C’est aussi une question de jugement; il faut tenir compte du contexte et du destinataire. Si on pense qu’un mot étranger est peu connu du lecteur, on le mettra en italique.

Les noms étrangers d’organismes, d’entreprises, d’institutions, d’établissements, de bâtiments, de groupes, de manifestations artistiques ou sportives, de compagnies de théâtre, de troupes de danseurs, d’orchestres, sont toujours en caractères ordinaires :

  • la General Motors
  • la Food and Drug Administration
  • la Library of Congress
  • le Foreign Office
  • le Massachusetts Institute of Technology
  • l’Academy of St. Martin-in-the-Fields
  • le Bundestag et le Bundesrat
  • la Vasaloppet
  • l’Istituto per la Ricostruzione Industriale

On emploie l’italique pour les citations en langue étrangère, qu’elles soient accompagnées ou non de leur traduction. La traduction, elle, se met entre guillemets dans le caractère du texte principal, c’est-à-dire en romain la plupart du temps :

  • Forcé de faire amende honorable, Galilée s’exclama : « Eppur, si muove! »
  • « Have more than thou showest
    Speak less than thou knowest…
     »
    (« Aie plus que tu ne montres,
    Dis moins que tu ne sais… »)
Remarque

Certains auteurs préfèrent mettre tout mot étranger entre guillemets, mais c’est un procédé beaucoup moins courant que l’italique (voir 7.3.7 Langues étrangères).

5.3.5 Niveaux de langue

On met parfois en italique, mais parfois aussi entre guillemets (voir 7.3.5 Niveaux de langue), les mots et les expressions qui s’écartent du langage régulier, comme les néologismes, les régionalismes, les mots impropres ou insolites, les surnoms, les tours populaires, familiers ou de tout autre niveau de langue — joualisant, poétique, technique, archaïque, ironique, etc. — ainsi que les mots qu’on emploie dans un sens spécial :

  • Inutile de vous dire qu’ils se sont fait maganer.
  • Les épluchettes étaient très populaires au 19e siècle (R. Dubuc et J.-C. Boulanger).
  • Dans le St-Laurent, il y a formation de frasil surtout entre Montréal et Sorel (Trésor de la langue française au Québec).
  • Ce sont des oiseaux nidifuges, c’est-à-dire qui fuient le nid.

5.3.6 Mots se désignant eux-mêmes

On a le choix entre les guillemets (voir 7.3.6 Mots se désignant eux-mêmes) et l’italique pour signaler un mot qui se désigne lui-même :

  • Abricot et caramel viennent de l’espagnol.
  • On exclut la personne qui parle.
  • Considérant que s’emploiera surtout lorsque l’on aura affaire à une alternative ou à une énumération (R. Catherine).
  • L’emploi du français leur permet le glissement du vous et du tu. D’habitude, le vous prédomine (M. Yourcenar).

On peut aussi mettre en italique les appellations de natures diverses introduites par des verbes comme appeler ou nommer :

  • La répartition des cultures entre les parcelles d’une exploitation est désignée sous le terme d’assolement.
  • Si la quantité d’ozone est supérieure à la quantité moyenne normale, on parlera de gain d’ozone.
  • Ceux qui se croyaient aux Indes les nommèrent Indiens ou Peaux-Rouges, parce que certaines tribus avaient l’habitude de se colorer la peau. De nos jours, on les appelle les Amérindiens (Encyclopædia Universalis).

Il faut reconnaître que bien des auteurs n’emploient ni guillemets ni italique après ces verbes :

  • L’union d’un os avec un os s’appelle une articulation (Petite encyclopédie médicale, Bordas).

Certains font de même lorsqu’ils citent un mot en apposition :

  • le mot accommoder
  • le terme d’agitateur

Mais cette façon de procéder n’est pas vraiment à recommander, car elle peut parfois être source d’ambiguïté. Comparer :

  • le mot juste
  • le mot juste

5.3.7 Mise en relief

D’une manière générale, on peut se servir de l’italique pour attirer l’attention sur un mot ou un passage qu’on juge important, pour marquer l’opposition entre des mots, ou encore pour rendre des particularités de l’oral :

  • C’est là que j’ai entendu parler pour la première fois d’ethnocide (M. Tournier).
  • Quant au bénéfice de l’obligation, il peut au contraire être invoqué par toutes les victimes, y compris les professionnels.
  • Nous devons placer la prévention par l’éducation en première ligne de l’offensive contre cette maladie.
  • Votre identité demeurera confidentielle, à moins que vous n’autorisiez sa divulgation.
  • Les arbres se divisent en deux grands groupes : les conifères et les feuillus.
  • Il n’en serait pas moins partial dans la mesure même où il est partiel (R. Aron).
  • On voit la prose balzacienne; celle de Dickens, on l’entend (G. Marcotte).
Remarque

Cette fonction d’insistance de l’italique est très populaire, mais il faut y recourir modérément. C’est un procédé que tout abus dévalorisera. Notons que certains préfèrent recourir au gras pour mettre un mot en relief :

  • Nous ferons appel à leurs services de façon ponctuelle.