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Être à l’emploi de

Jean-Claude Gémar
(L’Actualité langagière, volume 5, numéro 4, 2008, page 13)

Il est fréquent, en raison de l’origine commune ou partagée des langues, de leur cohabitation sur un même territoire, d’une histoire mouvementée des peuples, qu’une langue emprunte des mots, des expressions et des tournures appartenant à une autre langue. Les langues romanes (dont l’espagnol, le français, l’italien, le portugais et le roumain) et leurs nombreux dialectes (langue d’oc, langue d’oïl, catalan, rhéto-roman, toscan…) se sont ainsi formés, pour l’essentiel, à partir du latin1. Pour des raisons historiques bien connues (bataille de Hastings en 1066), c’est l’anglais qui, le premier, a emprunté nombre de mots à la langue française, notamment entre les XIe et XIIIe siècles2.

C’est ainsi que les vocables anglais actuels employ et employment3 viennent du moyen anglais emploien découlant du moyen français emploier, lui-même issu du vieux français empleier4, qui date de l’époque située entre les XIe et XIIIe siècles. Rappelons qu’au XVIe siècle encore, emploi s’écrivait employ.

Il est pour le moins ironique que, par un de ces effets circulaires dont nous gratifie souvent l’histoire des langues, ces mots d’origine « française » (si tant est que l’on puisse employer cet adjectif, trop précis pour évoquer la langue de l’époque) nous soient revenus dans le français parlé et écrit au Canada, mais sous la forme de ce qu’il est convenu d’appeler un anglicisme5. Plus précisément, un « calque linguistique6 ».

Tel est le cas de l’expression être à l’emploi de. Aussi peut-on se demander si une telle expression est recommandable ou à déconseiller. Est-elle un bon ou un mauvais usage? S’agit-il ou non d’un québécisme – autrement dit, d’un régionalisme – et, si oui, est-il de bon ou de mauvais aloi?

Autant de questions auxquelles je me propose de répondre.

  1. L’anglicisme

    À elle seule, la qualification d’anglicisme suffit généralement à déconsidérer une expression dont l’emploi est déconseillé aux usagers d’une langue saisis d’un doute sur son origine. En font foi, dans leur immense majorité, les langagiers qui, au Canada7, dénoncent et condamnent cet emploi dans leurs travaux portant sur la langue française. La question est abordée sous différents aspects dans les ouvrages lexicographiques et terminographiques, dont ceux de langue générale ou spécialisée, analysée comme langue de traduction ou d’expression, comme langue en contact avec une ou plusieurs langues, etc. Ces travaux, on les doit à l’effort assidu de lexicologues et de terminologues, de lexicographes et de terminographes, de traductologues et de traducteurs et à d’autres spécialistes ou artisans des langues. Et, contrairement à une idée reçue, ils ne se reprennent pas les uns les autres de manière circulaire, mais en sont arrivés à cette conclusion après mûre réflexion, au terme d’une analyse rigoureuse autant que personnelle.

    Que pensent, parmi de nombreux autres, Gérard Dagenais, Marie-Éva de Villers et Robert Dubuc d’une expression répandue dans le parler (jargon?) du monde du travail et attribuée pour cette raison au droit le régissant8?

    Pour l’auteur du Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada, Gérard Dagenais,

    « Les locutions [À MON EMPLOI] et [À L’EMPLOI DE], calques des expressions anglaises in my employ et in the employ of, ne sont pas françaises. »

    Pour sa part, Marie-Éva de Villers, à qui l’on doit le Multidictionnaire de la langue française, y voit une

    FORME FAUTIVE

    • être à l’emploi de. Calque de « to be in the employ of » pour travailler chez, être au service de.

    Quant à Robert Dubuc, l’auteur de En français dans le texte, il pense que « cette locution n’est pas reçue en français ».

    Voilà pour l’anglicisme, dénoncé avec constance par plusieurs générations de langagiers. La question serait trop simple toutefois s’il ne s’agissait que de cela. Après tout, l’emploi critiquable d’un mot dans le discours (oral ou écrit) tire peut-être moins à conséquence qu’une formulation maladroite ou vicieuse, qu’un dévoiement syntaxique ou, au pire, une mauvaise interprétation sémantique. Et le fait que le mot ou terme soit en usage dans une région, un pays ou dans le monde entier ne justifie en aucune manière son bien-fondé, et encore moins son « bon usage ». Le législateur québécois n’a pas reculé devant le défi, d’une autre ampleur celui-là, que représentait l’élimination du terme « corporation », présent dans le Code civil du Bas-Canada et remplacé par « personne morale », alors que des générations de juristes adossés à une jurisprudence pléthorique avaient ancré ce terme dans le langage du droit québécois depuis 1866.

    D’ailleurs, ce n’est pas tant le mot emploi que son habillage, le cooccurrent être suivi de la préposition à qui, réunis avec emploi de, constituent pour l’œil exercé et le lecteur attentif un assemblage bizarre, voire choquant, sur le plan syntaxique autant que maladroit dans l’expression, le style. Et, en poussant l’investigation plus loin, ce lecteur peut aller jusqu’à s’interroger sur le sens véritable que porte le mot emploi dans ce contexte.

  2. La syntaxe

    Dans la langue parlée au Québec, l’expression être à (faire quelque chose : « Il est à déneiger son entrée », « Elle est à préparer la réunion », etc.) revient fréquemment. Lourde, maladroite et critiquable ainsi employée9, la tournure n’est pourtant pas à rejeter dans tous les cas, ainsi que le souligne Hanse10, qui en donne quelques exemples puisés dans le fonds immémorial du français :

    • Le temps est à la pluie (évoluer vers)
    • Les prix sont à la baisse (tendre vers)
    • Il est à son bureau (se trouver)
    • Ce livre est à mon frère (appartenir)
    • Je suis à vous dans un instant (à votre disposition).

    De façon générale, accompagné de la préposition à (et des prépositions dans, en, sur), le verbe être « signifie se trouver dans telle ou telle situation11 ». Ce verbe – faut-il le rappeler? – est intransitif. C’est-à-dire que, contrairement aux verbes occuper et exercer, il n’admet pas de complément d’objet direct (COD) : « Marie exerce / occupe un emploi [COD] chez Bombardier. » Aussi le verbe être régit-il la fonction attributive, avec quelques autres verbes d’état (sembler, paraître, devenir). Or, la construction de l’attribut est généralement directe : « Pierre est malade [attribut] ce matin ». L’attribut, en outre, peut être un nom précédé ou non de l’article (« Cette décision est une erreur / Jacques est (un) médecin »). Mais dans une construction indirecte, où il faut recourir à une préposition (à, de, en, comme, pour), il devient une locution adjective, comme dans l’exemple « Il est à couteaux tirés avec elle12 ». La préposition, quelle qu’elle soit (à, de, pour…) est alors d’emploi fixe et irremplaçable, d’où être à – et non dans13, en ou comme. Locution adjective, l’attribut à l’emploi ne saurait être suivi d’une préposition régissant un nom (propre ou commun) puisqu’il remplit la fonction d’un adjectif, comme dans cet exemple : « Cette sculpture de Rodin est belle [à voir] ». Ce qui constitue une structure agrammaticale, parce que c’est un verbe à l’infinitif (cf. Littré) qui devrait suivre dans une construction comme être à l’emploi de pour qu’elle soit conforme à la grammaire.

    Il faut alors repenser cette expression et la reformuler autrement : être employé / travailler (chez / à / dans… ).

    Outre l’appartenance, l’aspect duratif est justement ce qui caractérise la personne qui exerce un emploi. Aussi une formulation grammaticalement correcte – mais néanmoins très maladroite et lourde – de cet état (être employé par / chez / à / dans…) pourrait-elle être ainsi rédigée : Il / Elle est à travailler à la SAQ / chez Bombardier / dans l’usine de Lévis, etc. Car être à, dans ce sens et dans cet emploi, devrait être suivi d’un verbe à l’infinitif, et non d’un substantif – sauf s’il est employé absolument : être à (la peine, la tâche), ou dans une expression figée : être à l’abri / au lit / à son travail; alors que l’on dira être à la merci de (quelqu’un / quelque chose), sans état d’appartenance.

    Une fois n’est pas coutume : les solutions et les exemples à suivre nous viennent du législateur et des juges fédéraux, comme le montrent les dispositions du Code canadien du travail (L.R., 1985, ch. L-2) et l’interprétation que les tribunaux en ont faite. Par exemple, à l’article 10 de la Loi sur les normes du travail :

    10. « salarié » : une personne qui travaille pour un employeur et qui a droit à un salaire

    ou encore, voir l’interprétation du paragraphe 12 par les tribunaux [C.S.M. c. McKeage, [1969] B.R. 711 (C.A.)], à propos du « service continu » :

    Le service continu est la période au cours de laquelle le salarié est considéré comme étant au service de son employeur (art. 1, par. 12).

  3. La stylistique

    Sous l’apparence d’une tournure usuelle et à saveur régionale, la locution être à l’emploi de présente à l’usager (francophone ou non) une tournure maladroite, voire impropre (passif apparent, car il manque un participe passé) et même équivoque (on hésite entre un « passif d’action » et un « passif de résultat ») qui ne lui est pas naturelle.

    Or, on l’a constaté plus haut, la langue française dispose de façons de dire la même chose sous une forme moins lourde, plus élégante et naturelle, sans avoir besoin de calquer celle d’une autre langue. Par exemple :

    • travailler chez (BMO), à (la Caisse Desjardins), à l’Ordre des comptables agréés, pour le compte de [dans une langue soignée – en rappelant que pour, employé seul, est un vieil anglicisme (inspiré de he / she works for…) passé, désormais, dans l’usage commun!], etc.
    • être employé chez (Bell), à (la GRC)
    • être au service de (la Croix-Rouge).

    En dehors du Canada, on ne trouve cette locution dans aucun texte des États membres de la francophonie (Afrique francophone, Belgique, France, Suisse…), ni dans ceux des forums internationaux (BIT, OIT, ONU, UE, UNESCO). À l’ère de la communication et de ses impératifs d’efficacité, il est paradoxal que l’on persiste, au Québec particulièrement, à employer une expression qui concourt à la profusion et à l’enflure du langage, ces maux de notre temps. Un exemple simple mais probant en démontre le peu de naturel :

    • Véronique est à l’emploi de [Bell ] = 5 mots
    • Véronique travaille chez [Bell] = 2 mots!

    L’addition des mots en trop, répétés à longueur de pages, allonge inutilement un texte – juridique ou autre. Sans aller jusqu’aux 99 façons différentes d’exprimer un message ou de décrire un événement comme l’écrivain Raymond Queneau l’a brillamment illustré dans ses Exercices de style, la langue française dispose d’assez de ressources expressives pour rendre l’idée, fort simple et banale au demeurant, qu’une personne travaille, est employée quelque part.

  4. Sens et signification

    Un dernier aspect à traiter à propos de la locution être à l’emploi de, sans doute le plus délicat et le plus complexe, reste celui du sens à attribuer aux mots. La signification d’un mot est donnée par le dictionnaire, de façon objective : tout le monde comprend ce qu’est une table, une chaise. Mais quid de la table sur laquelle se déroule le Banquet de Platon et des sièges des convives? Le sens d’un mot est ce qui se dégage de son emploi dans le discours, en contexte, appliqué à une situation particulière. Ce sens-là est « subjectif », de la même façon que le droit se présente sous deux aspects, un objectif (le Droit, celui d’un pays) et un subjectif (un droit, une prérogative reconnue à une personne).

    Plusieurs situations possibles se présentent dans le cas de l’expression être à l’emploi de. Il s’agit soit d’un calque linguistique, soit d’une signification fondée sur une interprétation erronée d’une des acceptions de ce mot recensées dans les dictionnaires. Soit encore d’un archaïsme qui s’est perpétué jusqu’à nos jours par la force de l’habitude. Ce dernier cas serait alors clair et simple : il n’a plus sa raison d’être dans la langue d’aujourd’hui. Mais il peut arriver aussi que les trois situations se recoupent, s’additionnent ou se complètent, ce qui semble être le cas ici.

    Au sujet du calque linguistique, la comparaison s’impose entre les deux langues en cause, l’anglais et le français. L’expression française, comme il a été dit (voir note 3), est sans doute une traduction calquée sur le modèle de la langue de départ, où employ a inspiré emploi au traducteur ou au rédacteur14. Or ces termes sont difficilement comparables si l’on prend en considération le fait que selon les dictionnaires Webster, les mots employ et employment comprennent trois sens principaux, alors que le mot emploi, dans le Grand Larousse de la langue française, en compte huit et que, dans le dictionnaire le plus complet de la langue française contemporaine, le Trésor de la langue française, on en relève quinze! Est-on certain, à ce compte, d’avoir retenu le bon sens, en particulier quand on sait ce que connote le substantif employ en anglais : wages (gages)?

    Quant à la valeur sémantique du mot emploi dans l’expression en cause, en dehors de toute influence de l’anglais, est-on sûr, là encore, d’avoir bien interprété le sens de ce mot, derrière l’écran des huit ou quinze acceptions possibles? Au vu de la finesse et de la subtilité des nuances séparant chaque signification, il est permis d’en douter.

Une tournure à bannir

L’expression être à l’emploi de, probablement formée au contact de l’anglais en milieu de travail, s’est étendue à la langue courante, d’abord parlée, puis écrite. On la trouve au Québec – dans des textes de droit, tel le Code du travail (L.R.Q. chapitre C-27, à l’article 105, par exemple), des contrats de travail et des conventions collectives -, ainsi qu’au Nouveau-Brunswick15. Mais elle ne paraît nulle part ailleurs dans le monde francophone, ce qui soulève de sérieux doutes sur son authenticité française.

Or, présence, constance et répétition d’un fait d’usage n’en garantissent ni l’authenticité ni le bien-fondé et encore moins le « bon usage », garant de la qualité de l’expression d’une langue donnée. Jean Darbelnet, linguiste canadien, distinguait les anglicismes (bienvenus!) qui enrichissent le fonds du français (cf. music hall) et ceux (à rejeter) qui, en se substituant à des mots, tours et formulations existants, l’appauvrissent en en réduisant les moyens d’expression16. Tel est bien le cas de l’expression en cause, qui se substitue à des manières de dire plus simples, en usage depuis des générations et suivies par les pays francophones et leurs institutions ainsi que par les organisations internationales.

Au terme de l’analyse des quatre aspects linguistiques principaux de cette expression, nous pouvons en conclure qu’elle est critiquable sous au moins trois, voire quatre chefs d’accusation. Comme anglicisme d’abord, la probabilité qu’il s’agisse d’un calque linguistique étant grande, elle ne peut être absoute au bénéfice du doute. Ensuite, sa construction syntaxique – où la fonction attributive tient, en regard de la grammaire, un rôle essentiel lorsque le verbe être est mis en cause – est au moins suspecte. Sur le plan stylistique, cette formulation est maladroite et de surcroît peu économe; elle ne saurait remplacer des formulations bien établies telles que :

  • A (le salarié, l’employé, la personne) est employé par B / chez B / dans la fonction publique;
  • A travaille chez B / à (la Régie / la SAQ / au palais de justice);
  • B est un salarié / un employé / un membre du personnel de C.

Sur le plan sémantique enfin, un doute subsiste sur la valeur réelle (la « signification ») du mot emploi qui, dans une telle structure syntaxique, n’est pas utilisé de façon absolue.

Au final, ces doutes et aspects critiquables font de être à l’emploi de une expression condamnable aux motifs de barbarisme et de solécisme doublés d’anglicisme. Et à supposer qu’il s’agisse d’un régionalisme (canadianisme alors, car il n’est pas circonscrit au Québec), n’étant pas dans le bon usage, il devrait être qualifié de « mauvais aloi ».

Notes

  • Retour à la note1 Lequel est, soit dit en passant, à la source des quelque soixante pour cent du riche vocabulaire que comprend la langue anglaise, pourtant non romane.
  • Retour à la note2 Le terme Law French, à lui seul, résume bien la situation. Mais que dire de la devise de la famille royale d’Angleterre Honi [sic] soit qui mal y pense? Pendant les trois siècles qui suivirent la bataille de Hastings, la cour, le droit (et la justice) et l’administration anglaises ont parlé le français de l’époque, l’anglo-normand.
  • Retour à la note3 Termes en usage courant dans le monde anglophone, comme en témoignent ces deux exemples relevés le jeudi 28 février 2008 sur le site Internet du New York Times : « Judge John A. Chandler of St. Paul has been forty-eight years in continuous railroad service in the employ of one road (…) » (Article Preview); « Counterfeiters in the employ of the Government » (Article Preview). Toutefois, malgré les apparences, employ et employment ne sont pas synonymes (c’est-à-dire interchangeables), le premier terme étant limité au « state of being employed » (Oxford Modern English Dictionary) et le second s’appliquant à deux fonctions : « the act of employing or the state of being employed » (ibidem). Le premier est un mot de la langue courante, alors que le second (employment) est un terme du langage du droit. En outre, le premier connote une nuance désuète, la définition se terminant ainsi : « esp. for wages » (ibidem). La comparaison avec la présence du mot français « emploi » dans l’expression « être à l’emploi de » vient alors naturellement à l’esprit : anglicisme ou archaïsme?
  • Retour à la note4 Apparu pour la première fois dans le manuscrit de la Chanson de Roland, sans doute rédigé, d’après Marcel Cohen (Histoire d’une langue : le français, 4e éd., Paris, Éditions sociales, 1973), « à la fin du 11e siècle; manuscrit du 12e siècle de provenance anglo-normande, dit d’Oxford » (p. 132).
  • Retour à la note5 Voir Marie-Éva de Villers : « Les anglicismes sont des mots, des expressions, des constructions, des orthographes propres à la langue anglaise », Multidictionnaire de la langue française, 3e éd., Montréal, Québec Amérique, 1997, p. 81.
  • Retour à la note6 Selon le Dictionnaire de linguistique (Larousse, 1973), cette situation se produit lorsque « pour dénommer une notion ou un objet nouveaux, une langue A (le français, par exemple) traduit un mot, simple ou composé, appartenant à une langue B (allemand ou anglais, par exemple) en un mot simple existant déjà dans la langue ou en un terme composé formé de mots existant aussi dans la langue […] Quand il s’agit d’un mot simple, le calque se manifeste par l’addition […] d’un « sens » emprunté à la langue B » (p. 72-73).
  • Retour à la note7 Pas seulement au Québec, mais aussi en Ontario (au fédéral et au provincial), au Manitoba et au Nouveau-Brunswick, notamment. De Dagenais et Daviault à Colpron, en passant par Darbelnet, Marie-Éva de Villers, Robert Dubuc, Antoni Dandonneau, Gérard Snow et l’auteur de ces lignes, les langagiers canadiens ne cessent de dénoncer ce barbarisme.
  • Retour à la note8 Quoique « être à l’emploi de » ne soit pas un terme fondé sur une institution ou une notion juridique établie comme la propriété ou le contrat.
  • Retour à la note9 Qui exprime l’aspect duratif d’une action (Grevisse), alors que l’on pourrait dire bien plus simplement et naturellement, par exemple en réponse à la question « Que fait ton père en ce moment? » : « Il déneige son entrée », « Il s’habille »; et à la question « Que fait Marie-Claude ce matin? » : « Elle prépare la réunion ». Mais cela relève davantage de la stylistique (voir 3) que de la syntaxe.
  • Retour à la note10 Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 3e éd., Louvain-la-Neuve, De Boeck-Duculot, 1994, p. 372.
  • Retour à la note11 Dictionnaire de l’Académie, 8e éd., 1932-1935.
  • Retour à la note12 Extrait du Dictionnaire de linguistique Larousse, op. cit., p. 57.
  • Retour à la note13 Jean-François Féraud, dans son Dictionnaire critique de la langue française (18e siècle), à l’entrée emploi, relève la formulation « être dans l’emploi, dans le grand emploi ». Mais ce mot, encore une fois, est employé absolument, sans complément (voir Littré : « Il se dit, absolument, pour service, temps passé dans les emplois. » P. ex. : « …ils ont plus d’emploi, plus de rang, plus de nom », Corn., Pulch. III, 1). En outre, il n’est jamais question de la préposition » à « dans un tel contexte, ni chez Furetière, ni dans le Dictionnaire de l’Académie non plus, ni dans aucun des grands dictionnaires qui ont suivi (Littré, Larousse, Robert, TLF).
  • Retour à la note14 À moins que ce ne soit le mot job, comme le pensait Jean Darbelnet (cf. Dictionnaire des particularités de l’usage, Québec, PUQ, 1986). Cette hypothèse est cependant peu vraisemblable en regard de l’ancienneté de l’usage du mot employ dans le monde anglophone.
  • Retour à la note15 Loi sur les normes d’emploi, L.N.-B. 1982, ch. E-7.2, par. 18(1), 44.021(1), 44.031(3); Loi sur les agents immobiliers, L.R.N.-B. 1973, ch. R-1, par. 10(3), (4); Loi sur la saisie-arrêt, L.R.N.-B. 1973, ch. G-2, al. 32c); Loi sur les compagnies, L.R.N.-B. 1973, ch. C-13, al. 38(2)b), d) et par. 113(1); Loi sur les municipalités, L.R.N. B. 1973, ch. M 22, art. 90.1; Loi électorale, L.R.N.-B. 1973, ch. E-3, par. 86(5).
  • Retour à la note16 Le verbe « canceller » en est un bon exemple, lui qui se substitue à tant d’autres verbes qu’appelle une situation particulière : abolir (un usage), abroger (un décret), annuler/décommander (un rendez-vous), infirmer [aussi : casser] (un jugement), dissoudre (une union), supprimer (un permis), et plus encore : invalider (une loi, un testament), résilier/résoudre/rescinder (un contrat).