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Disability : déficience, incapacité, handicap…

Renée Canuel-Ouellet, trad. a.
(L’Actualité terminologique, volume 33, numéro 2, 2000, page 19)

L’expression person with a disability a le fâcheux effet de semer le désarroi chez les traducteurs appelés à la rendre en français. La crainte d’offusquer en ne respectant pas la terminologie politiquement correcte est bien sûr à l’origine de ce sentiment, du reste fort compréhensible. Au fait, doit-on parler de personnes handicapées? À moins qu’il ne faille dire personnes ayant une incapacité… ou une déficience? Comment faire pour démêler toutes ces notions? C’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui vient à notre rescousse. Sa Classification internationale des déficiences, incapacités et handicaps propose trois définitions rigoureuses :

  • Déficience : Perte, malformation ou anomalie d’un organe, d’une structure ou d’une fonction mentale, psychologique ou anatomique résultant d’un état pathologique observable, mesurable et pouvant faire l’objet d’un diagnostic.
  • Incapacité : Réduction partielle ou totale de la capacité d’accomplir une activité d’une façon normale ou dans les limites considérées comme normales pour un être humain à cause d’une déficience.
  • Handicap : Désavantage résultant d’une déficience ou d’une incapacité qui limite ou interdit chez un individu l’accomplissement de son rôle social et culturel.

En anglais, les termes correspondants sont impairment, disability et handicap.

Capables de faire la distinction entre ces trois termes, les traducteurs devraient se trouver mieux armés pour s’attaquer à leur texte. Je dis bien « devraient », car rien ne permet de croire que l’auteur du texte anglais, lui, connaît ces distinctions. Par ailleurs, celles-ci ne « collent » pas nécessairement à la réalité de l’administration fédérale et ne correspondent pas toujours à la terminologie en usage au Canada français. En effet, si l’on s’en tient aux définitions de l’OMS, les persons with disabilities devraient en français être des personnes ayant des incapacités. C’est effectivement une expression que l’on retrouve sous la plume des spécialistes de la condition des personnes handicapées. Ainsi, lors du 65e Congrès de l’Association canadienne française pour l’avancement des sciences, le président du Réseau international sur le processus de production du handicap, M. Patrick Fougeyrollas, affirmait : « Depuis le début des années 1980, le mouvement international des personnes ayant des incapacités s’est développé en fonction de stratégies mettant de plus en plus en évidence l’interaction personne/environnement. »

Or, le Lexique des services de santé du Bureau de la traduction nous apprend que disability peut aussi se rendre par déficience. De plus, la législation nous impose, pour la traduction de disability, certaines contraintes terminologiques auxquelles il est impossible d’échapper. Voici quelques exemples. La Loi fédérale sur l’aide financière aux étudiants porte qu’en cas d’invalidité permanente, un étudiant peut obtenir une radiation de dette. À l’article 24 de la Loi canadienne sur les droits de la personne, on peut lire que « le gouverneur en conseil peut, par règlement, établir au profit des personnes atteintes d’une déficience des normes d’accès aux services, aux installations ou aux locaux ». Aux termes de la Loi sur l’immigration ne sont pas considérées comme admissibles au Canada « les personnes qui souffrent d’une maladie ou d’une invalidité dont la nature, la gravité ou la durée probable sont telles qu’un médecin agréé, dont l’avis est confirmé par au moins un autre médecin agréé, conclut que ces personnes constituent ou constitueraient vraisemblablement un danger pour la santé ou la sécurité publiques ». Le Règlement sur l’équité en matière d’emploi parle de personne handicapée. Par ailleurs, il existe dans l’administration fédérale et dans le secteur privé des programmes dits de gestion des limitations fonctionnelles. Vous l’aurez deviné, ce sont en anglais des disability management programs.

Faut-il jeter l’éponge? Bien sûr que non. Voici quelques petits conseils inspirés par une longue pratique du domaine qui devraient suffire à tirer d’embarras quiconque est pris d’une furieuse envie de changer de métier :

  • Dans la langue courante, c’est personne handicapée qu’on devrait voir le plus souvent comme traduction de person with disabilities. C’est d’ailleurs celle que recommande la Commission générale de normalisation terminologique et linguistique. Dans les textes de nature générale (lettres, notes de service, discours, etc.), cette traduction convient parfaitement.
  • Votre texte porte sur la sociologie ou la santé des personnes handicapées? Fiez-vous à la classification de l’OMS et aux lexiques ou dictionnaires spécialisés. TERMIUM®, la banque de données linguistiques du gouvernement du Canada, constitue également une mine de renseignements.
  • Enfin, si votre texte renvoie à une loi ou à plusieurs lois en particulier, il faut en respecter la terminologie, même si elle varie de l’une à l’autre. Vous y perdrez certes en uniformité, mais si vous avez soin d’étoffer votre traduction ou d’y ajouter une note du traducteur pour guider le lecteur, vous sauverez la mise.

L’essentiel est de ne pas se laisser handicaper par un sentiment d’incapacité face aux déficiences terminologiques.

Sources

Fougeyrollas, Patrick. Communication sur le processus de production du handicap présentée au 65e Congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, 1997.

Lexique des services de santé (Bulletin de terminologie 243), Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, Bureau de la traduction.

Nations Unies. Examen et évaluation du Programme d’action mondial concernant les personnes handicapées : http://www.un.org/esa/socdev/enable/disrawf3.htm.

Organisation mondiale de la santé. Classification internationale des déficiences, incapacités et handicaps.

Recommandation de la Commission générale de normalisation terminologique et linguistique, novembre 1994.

TERMIUM®, la banque de données linguistiques du gouvernement du Canada.